Mon travail se partage entre l’écran et l’atelier : des images calculées, en 3D ou par intelligence artificielle, et des objets fabriqués à la main, de la couture au carton d’emballage. Les deux se répondent : des images qui semblent réelles, des objets qui semblent virtuels.
Dans les objets, c’est le temps du faire qui m’intéresse. À l’art fondé sur la décision, je préfère celui qui se joue dans l’exécution : un temps vécu au présent, qui rapproche l’œuvre du hobby, voire de la simple occupation.
D’une série à l’autre reviennent des lieux faits pour accueillir : bureaux, salles d’attente, piscines, terrains de jeu, que je montre vides. Photographiés dans le réel ou calculés en 3D, ils parlent de la même absence.
Mes inventaires photographiques en montrent l’autre face : l’écart entre l’espace conçu par l’architecte et l’espace vécu, entre la perspective verdoyante du projet et la jardinière de béton qu’il en reste. Le temps y revient aussi : celui de l’attente, ou celui de la boucle, comme ces rond-points où il suffit de renoncer à sa sortie pour tourner en rond.
Générer une image est devenu presque sans effort. Dans Ruine, je calcule des destructions qui ressemblent à s’y méprendre à celles de Gaza, de l’Ukraine ou de la Syrie, pour interroger cette distance : entre notre capacité à produire des images et la réalité qu’elles prétendent montrer, entre le trouble et la fascination.
Dans Vernissage, ces décombres passent sous cordons, coupe de champagne à la main : le désastre devenu spectacle. Ailleurs, le kitsch prend le relais. Les ballons d’une fête finie engendrent des créatures (Après la fête), et le cimetière lui-même devient gonflable (Concession) : ce qui devait durer pour l’éternité ne tient plus qu’à un souffle d’air.
Reste la question du geste. À mesure que l’on délègue aux logiciels, puis à l’intelligence artificielle, ce que l’on savait faire soi-même, je tiens des carnets de dessin, page après page. Ils sont le contrepoint de mes images calculées et du livre que j’écris sur leur histoire : une façon de garder la main, au sens propre.
En parallèle, je réalise des films depuis plus de vingt ans : clips, interviews, programmes courts, à voir sur laurenthart.fr.
J’enseigne la vidéo, le motion design, la 3D et la direction artistique dans plusieurs écoles parisiennes. Je m’intéresse à ce que les nouvelles technologies font à la création : ce que l’IA change dans la fabrication des images, la place de l’auteur, notre rapport au visible.
J’écris actuellement un ouvrage sur l’histoire des images et de la création visuelle.
Diplômé des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’université Paris 8 (arts et technologies de l’image).